« 28 mai 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 231-232], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12088, page consultée le 01 mai 2026.
28 mai [1845], mercredi matin, 11 h.
Bonjour, cher bien-aimé, bonjour, mon âme, bonjour, ma vie, ma joie, mon
amour, mon Dieu, mon tout, bonjour, je t’aime. Quand te verrai-je, mon
doux bien-aimé ? Tu n’en sais rien. Ta journée, aujourd’hui comme toutes
les autres, sera prise par toutes sortes de choses qui ne te
laisseronta pas le temps peut-être de venir m’embrasser.
Mais, moi qui n’ai rien à faire qu’à t’aimer, mon Victor ravissant, je
ne te quitte pas une seconde de la pensée et de l’âme. Je te désire et
je t’attends, sinon avec patience, avec courage et résignation.
Le
malheur d’hier n’a pas laissé de trace. Aucun de tes livres manuscrits
ne sont endommagés. Aucun papier n’a été perdu. Tout s’est passé pour le
mieux. Je viens de le vérifier tout à l’heure. Il ne reste que ma
maladresse qui est incurable. Eh bien ! tant mieux, cela ne vous regarde
pas.
Vous avez tant tardé à faire les chiffres pour vos
mouchoirs1 que je ne sais
plus maintenant quand on les fera. Eulalie s’en va ce soir et ne reviendra que vendredi.
Outre ce petit retard pour vos mouchoirs, je crains pour moi-même que ma
fille ne m’écrive demain de l’envoyer chercher pour aller à l’Hôtel de
Ville, auquel cas je ne sais pas comment je ferais, à moins d’y aller
moi-même avec elle. D’un autre côté, Eulalie a absolument besoin à la
barrière de l’étoile. Tu vois d’ici que tout cela va de guingoisb. Je serai très
contrariée s’il faut que ma pauvre péronnelle ait besoin de sortir demain.
En
attendant, baisez-moi et aimez-moi. Je le veux, je vous l’ordonne, je
vous en prie, je vous en supplie.
Juliette
1 « Chiffre » : « Entrelacement de deux ou de plusieurs lettres initiales des noms d’une personne » (Larousse). Victor Hugo veut faire broder des mouchoirs par Eulalie (lettre du 5 mai 1845, BnF, Mss, NAF 16359, f. 133-134). Le petit croquis effectué par Juliette (BnF, Mss, NAF 16359, f. 275-276) représente le chiffre brodé, surmonté d’une couronne.
a « te ne laisseront ».
b « de guingoi ».
« 28 mai 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 233-234], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12088, page consultée le 01 mai 2026.
28 mai [1845], mercredi après-midi, 4 h. ½
J’espère, mon petit homme chéri, que tu es à l’abri dans quelque coin et
que tu n’auras pas reçu une seule goutte du gros orage qui vient de
crever tout à l’heure ? Le temps est encore bien sombre et bien grimaud,
mais tu as un parapluie. Je voudrais bien vous voir, mon amour, j’en ai
bien besoin et bien envie. Est-ce que vous ne viendrez pas bientôt ? La
journée est dix fois plus longue que d’habitude quand je ne t’ai pas vu
à l’heure ordinaire.
Cher amour, je sais bien que tu t’appartiens
moins encore aujourd’hui que les autres jours. Aussi je ne grogne pas,
je me plains seulement tout doucement afin de me soulager un peu le cœur
qui est encore plus chargé d’impatience que le temps de pluie.
J’attends une lettre de ma fille aujourd’hui par le jardinier. Voici
déjà l’heure bien avancée. Peut-être ne viendra-t-il pas. J’ai une peur
de chien qu’elle ne me fasse demander à aller demain à l’Hôtel de Ville,
justement le jour où je n’aurai pas Eulalie. Nous avons assez de chance toutes les deux pour
ça. Si cela était, j’irais moi-même, si tu le permettais, la chercher et
la conduire. Justement, voici Duval. Je vais savoir cela tout de suite. Je reviens,
mon Victor adoré. À tout à l’heure.
J’ai le petit mot de Claire1
qui me dit qu’elle n’a pas encore reçu sa lettre de convocation et qui
ne me dit rien du reste ; ainsi, mon Toto chéri, me voici délivrée d’un
ennui pour demain.
Cher adoré bien-aimé, je t’aime, je t’attends,
je te désire de toutes mes forces. Hâte-toi de venir, si tu ne veux pas
que je sois la plus triste des Juju.
J.
1 Ce petit mot n’est pas en notre possession.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
